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D'un trait le
contour de l'ombre
À l'origine, dans
le grand vacarme de l'abîme, le murmure et l'écho de l'ombre surgissent
instantanément. À l'origine, il y a l'immédiate catastrophe du plein et du vide,
l'évidence poétique du monde et du signe.
– Je vois ce que
vous voulez dire.
Connaissance et
délectation procèdent de la certitude que la respiration vitale passera par
l'image. Depuis toujours les hommes inventent leurs signes et leur
monde.
Comment
pourrait-il en être autrement ? Comment vivre, quand, à chaque instant, le grand
vacarme du néant menace de nous engloutir ? Comment affronter le grand mystère
quand, à chaque seconde, la mort menace de nous arracher définitivement au monde
? Il y a une continuité – nécessaire, permanente et cohérente – entre
l'acharnement que nous mettons à lier les images et la question centrale qui
nous relie au monde. Dès lors, seule la poésie nous retient dans
l'art.
La permanence de
la nécessité du sens et la permanence de l'inconcevable vide s'enlacent ; ainsi
lorsque la précarité ou la mort deviennent trop tangibles et si insupportables
que nos engagements sensibles les plus élémentaires paraissent vains, alors les
plus beaux éclats surgissent comme par enchantement, et l'évidence poétique
retrouve ses marques. Mais cette continuité si naturelle met nos images en
péril, car elles redonnent force et vigueur au vacarme, c'est leur paradoxe.
Voilà pourquoi nous fixons sans fin, depuis toujours, et c'est là que
s'inventent notre temps et notre bruit.
Nécessaires, nos
formes varient à l'infini, et nos images se cherchent et se rencontrent, puis
s'évanouissent dans la nuit.
Bouleversé par le
surgissement du vide et par la dissolution de tout, par l'effondrement
tranquille de l'océan, je veux lever le masque de l'apparition en suivant d'un
trait le contour de l'ombre, entre les échos et les hurlements de l'abîme, où
s'invente l'œuvre d'art.
Hans-Peter
Paragem
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