D'un trait le
contour de l'ombre
À l'origine, dans
le grand vacarme de l'abîme, le murmure et l'écho de l'ombre surgissent
instantanément. À l'origine, il y a l'immédiate catastrophe du plein et du vide,
l'évidence poétique du monde et du signe.
– Je vois ce que
vous voulez dire.
Connaissance et
délectation procèdent de la certitude que la respiration vitale passera par
l'image. Depuis toujours les hommes inventent leurs signes et leur
monde.
Comment
pourrait-il en être autrement ? Comment vivre, quand, à chaque instant, le grand
vacarme du néant menace de nous engloutir ? Comment affronter le grand mystère
quand, à chaque seconde, la mort menace de nous arracher définitivement au monde
? Il y a une continuité – nécessaire, permanente et cohérente – entre
l'acharnement que nous mettons à lier les images et la question centrale qui
nous relie au monde. Dès lors, seule la poésie nous retient dans
l'art.
La permanence de
la nécessité du sens et la permanence de l'inconcevable vide s'enlacent ; ainsi
lorsque la précarité ou la mort deviennent trop tangibles et si insupportables
que nos engagements sensibles les plus élémentaires paraissent vains, alors les
plus beaux éclats surgissent comme par enchantement, et l'évidence poétique
retrouve ses marques. Mais cette continuité si naturelle met nos images en
péril, car elles redonnent force et vigueur au vacarme, c'est leur paradoxe.
Voilà pourquoi nous fixons sans fin, depuis toujours, et c'est là que
s'inventent notre temps et notre bruit.
Nécessaires, nos
formes varient à l'infini, et nos images se cherchent et se rencontrent, puis
s'évanouissent dans la nuit.
Bouleversé par le
surgissement du vide et par la dissolution de tout, par l'effondrement
tranquille de l'océan, je veux lever le masque de l'apparition en suivant d'un
trait le contour de l'ombre, entre les échos et les hurlements de l'abîme, où
s'invente l'œuvre d'art.
Hans-Peter
Paragem
Jean-Pierre Paraggio
est né en 1955 dans les Alpes.
Dessins, encres,
peintures, collages prolongés, retouchés, rehaussés, pseudo collages,
etc.
Expositions
personnelles à Paris : (« Collages et tiroirs » Galerie de
l'Usine, chez Claude Brabant ; « Ne rayez que les images »,
Galerie UVA de l'association Hourglass, grâce à Peter Wood et à ses amis ;
« Portraits sub-objectifs », Galerie de l'Usine), et à Genève :
(« Sans titre » Galerie Octobre, chez Jacqueline Favre ;
« L'Œil-de-bœuf a vue sur l'œil d'azur » au bistrot
Chausse-Coq, chez Marc Chirat)
Expositions
collectives, invité par le GPMS (Groupe de Paris du Mouvement Surréaliste, 122,
rue des couronnes, 75020 Paris), à Paris, Conches, Grenoble, Santiago du Chili,
Pilsen et Prague.
Publications
(essentiellement pour accompagner ses amis) : Anne-Marie Beeckman, Jean-Yves
Bériou, Abdul Kader El Janabi, Jean-Raphaël Prieto, Marie-Dominique Massoni et
Pierre Peuchmaurd... projets toujours en cours jusqu'à ce que mort s'en
suive.
En revues :
Grid (animée par Abdul Kader El Janabi à
Paris au cours des années 80), Paradises (A.K.E.J à Paris),
Salamandra (animée par Eugenio Castro à
Madrid), La Dame Ovale (animée par Anne Marbrun à
Brive-La-Gaillarde, 1991/94), Le Grand I vert (Anne-Marie Beeckman à
Martel), S.U.R.R (revue du G.P.M.S. depuis 1996),
Pris de
peur (Paul Sanda à
Cherves), Ojo de Aguijon (années 80, Paris-Santiago),
Analogoon (revue du groupe surréaliste tchèque
à Prague), Huit-clefs (potlatch d'André Bernard à Paris),
Scarabeus (Ladislav Guderna, Vancouvert),
Les
Loups sont fâchés
(collection dirigée par Eric Benveniste, Paris), etc.
Co-animation et
autoproduction des revues poétiques confidentielles : Un poing c'est
tout, La Mort n'existera jamais et actuellement les Cahiers de
l'umbo.